15 avril 2026 – Développer le pouvoir d’agir des communautés : l’expérience de Saint-Louis (Sénégal)

15 avril 2026 – Développer le pouvoir d’agir des communautés : l’expérience de Saint-Louis (Sénégal)

La santé des populations se construit dans les territoires, au croisement de dynamiques sociales, culturelles et des pratiques des acteurs engagés sur le terrain. Dans ce contexte, les approches communautaires occupent une place centrale pour agir de manière durable sur les déterminants de la santé, en reconnaissant les communautés comme actrices des transformations qui les concernent.

Ce webinaire est consacré au partage d’expérience d’une initiative de santé communautaire menée à Saint-Louis (Sénégal), portée par Abdou Khaly Mbodj et le consortium Dëkkandoo. Centrée sur la nutrition, l’autonomisation des femmes et le développement local, cette initiative s’appuie sur un large réseau d’acteurs communautaires et combine actions de terrain (jardins, activités génératrices de revenus, suivi de la croissance des enfants) et renforcement des capacités locales, dans une logique d’action avec et par les communautés.

À travers cette expérience, il s’agit d’explorer, de manière concrète et opérationnelle, comment se construisent et se déploient des actions fondées sur l’engagement des communautés, en particulier en matière de développement du pouvoir d’agir.

Deux discutant(e)s viennent mettre en perspective les enjeux, les conditions de mise en œuvre et les enseignements transférables à d’autres contextes, dans une perspective de promotion de la santé.

Trois questions structurent les échanges :

  • Comment agir concrètement avec les communautés dans des contextes locaux spécifiques ?
  • Quels leviers, mais aussi quelles tensions ou difficultés, traversent la mise en œuvre d’une approche communautaire en santé ?
  • Quels enseignements tirer de cette expérience pour l’action et les pratiques dans d’autres contextes ?

Notre invité

Abdou Khaly Mbodj est doctorant en santé communautaire à l’Université Alioune Diop de Bambey, au Sénégal. Il est coordonnateur du consortium Dëkkandoo, à travers lequel il pilote la mise en œuvre du Projet de Renforcement de la Nutrition à Saint-Louis (PRN2S), une initiative ancrée dans les dynamiques communautaires locales, articulant nutrition, développement et autonomisation des populations. Engagé à l’interface entre recherche et action, il est également enseignant associé au sein de la licence professionnelle en éducation et promotion de la santé de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, co-portée avec la Chaire UNESCO Éducations & Santé.

Discutants

Julie Sackou est est pharmacienne et professeure titulaire en hygiène et santé publique à l’UFR des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire). Titulaire d’un Diplôme Universitaire d’Éducation pour la Santé de l’Université Sorbonne Paris Nord, elle développe des activités de formation et de recherche centrées sur la santé publique et la santé communautaire. Elle est responsable des stages de santé communautaire au sein de son UFR, contribuant à la formation pratique des étudiants en lien avec les réalités de terrain. Elle exerce également des responsabilités institutionnelles en tant que cheffe de service du Centre de Recherche et d’Études en Santé des Populations, Politiques et Systèmes de santé à l’Institut National de Santé Publique de Côte d’Ivoire. Elle est par ailleurs rédactrice en chef du Bulletin de Santé Publique de Côte d’Ivoire.

Eric Breton est président de la section promotion de la santé de l’EUPHA. Il est professeur de promotion de la santé à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). Avant de s’installer en France, il a acquis une vaste expérience internationale dans la recherche au Canada, en Australie et aux Émirats arabes unis. Ses recherches portent principalement sur les stratégies de promotion des politiques de prévention des maladies non transmissibles, l’évaluation d’interventions communautaires complexes et les stratégies de renforcement des capacités locales en matière de santé et d’équité. Il est chercheur affilié à la Chaire UNESCO sur la santé et l’éducation mondiales et siège dans différents groupes d’experts nationaux et régionaux. En 2020, il a publié avec trois autres éditeurs la deuxième édition du premier manuel de promotion de la santé en français, une publication qui a mobilisé les contributions de 40 auteurs de 6 pays.

Modérateur

Jean-Christophe Azorin est professeur associé à Chaire UNESCO Éducations & Santé. Il collabore à diverses organisations s’intéressant à la santé communautaire notamment en Afrique sub-saharienne et au Vietnam. Il conseille les collectivités territoriales dans la mise en place de programmes d’action en santé en direction des populations. Jean-Christophe Azorin est fondateur et Président de Participe Santé et rédacteur en chef de la Revue Santé Scolaire et Universitaire éditée par Elsevier.


Les échanges

Les échanges, introduits par Jean-Christophe Azorin, ont souligné d’emblée un principe central : la santé se construit dans les lieux de vie, à partir des ressources, des savoirs et des capacités d’action des communautés elles-mêmes.

Une approche communautaire fondée sur la co-création et l’autonomisation

L’expérience présentée par Abdou Khaly Mbodj repose sur une rupture avec des approches descendantes de la santé publique. Elle s’ancre dans une logique de co-création, où les communautés participent à toutes les étapes : identification des besoins, planification, mise en œuvre et suivi des actions.

Le dispositif, structuré autour du consortium Dëkkandoo, mobilise un réseau d’acteurs locaux (collectivités, services de santé, leaders communautaires), avec un rôle central accordé aux organisations de femmes. L’autonomisation économique apparaît comme un levier déterminant : à travers des activités génératrices de revenus (agriculture, élevage, transformation), les femmes renforcent leur capacité d’action et contribuent directement à l’amélioration des conditions de vie, de la nutrition et de l’accès aux soins.

Cette approche intégrée articule ainsi enjeux sanitaires, sociaux et économiques, en reconnaissant que la réduction de la pauvreté constitue un déterminant majeur de la santé.

Des résultats tangibles et une dynamique d’engagement

L’intervention se traduit par des effets mesurables : amélioration du recours aux services de santé (adhésion aux mutuelles), suivi nutritionnel des enfants, développement d’activités économiques locales et multiplication des actions de sensibilisation.

Au-delà des indicateurs, l’un des apports majeurs réside dans le renforcement du pouvoir d’agir des communautés, qui deviennent actrices de leur propre développement, capables de produire des solutions adaptées à leur contexte et de soutenir durablement les dynamiques engagées.

Les éclairages des discutants : traduire, documenter, diffuser

Les interventions de Julie Sackou et Eric Breton ont permis de mettre en perspective cette expérience en en éclairant des dimensions complémentaires.

Julie Sackou insiste sur la traduction opérationnelle des principes de la promotion de la santé à l’œuvre dans le dispositif. Elle souligne la capacité de l’initiative à mobiliser concrètement les grandes stratégies du champ (renforcement des compétences, action sur les environnements, participation, réorientation des services), en partant des besoins exprimés par les populations. Elle met en avant le rôle déterminant de l’autonomisation économique des femmes, ainsi que la pertinence d’une approche ancrée dans les réalités du quotidien, au-delà d’une vision strictement sanitaire de la santé.

Eric Breton propose une lecture centrée sur les conditions de développement, de reconnaissance et de diffusion des démarches de santé communautaire. Il met en évidence les éléments structurants observables dans l’expérience (participation, intersectorialité, mobilisation des ressources locales, rôle des acteurs communautaires), tout en insistant sur leur contribution à des objectifs plus larges d’équité et de résilience. Il souligne également l’importance de produire des effets concrets et visibles dans le quotidien des populations, et la nécessité de mieux documenter ces initiatives pour en soutenir la diffusion et leur donner une place plus centrale dans des systèmes de santé encore largement organisés de manière descendante.

Une perspective partagée : partir du local pour transformer les systèmes

Les échanges convergent vers une idée forte : les dynamiques locales ne constituent pas des initiatives périphériques, mais bien le socle des transformations durables en santé. Elles invitent à repenser les modèles d’action en partant des réalités vécues, en valorisant les savoirs locaux et en soutenant les capacités d’initiative des acteurs de terrain.

Cette expérience illustre ainsi, de manière concrète, comment le développement du pouvoir d’agir des communautés peut contribuer à des transformations à la fois sanitaires, sociales et économiques, et ouvre des perspectives de transfert et d’adaptation dans d’autres contextes.


La vidéo du webinaire

La présentation


Ressources

Abdou Khaly Mbodj

Julie Sackou

Eric Breton

  • Breton, E., Jabot, F., Pommier, J., & Sherlaw, W. (Éds.). (2020). La promotion de la santé. Comprendre pour agir dans le monde francophone (2nde éd.). Presses de l’EHESP. www.presses.ehesp.fr