Une communauté ouverte

La Chaire UNESCO et centre collaborateur OMS « EducationS & Santé », une communauté ouverte

La chaire UNESCO « EducationS & Santé » se définit comme une communauté ouverte. Elle n’est ni une institution ni un réseau. Il nous semble important ici de mettre en évidence ce qui caractérise une communauté au sens où nous l’entendons.

Une communauté est fondée sur ce qui est commun

Comme le souligne Claude Jacquier, « répondre à la question “Qu’est-ce qu’une communauté ?”, au singulier de surcroît, est sans doute une tâche impossible tant sont multiples les disciplines qui ont fait référence à cette notion et nombreuses les définitions et surtout les connotations qui lui ont été associées » (Jacquier, 2011)[1]. Sur la base de l’étymologie (communauté vient du latin communitas, « cum munus »), la communauté est donc un groupe de personnes (cum, « avec ») qui partagent quelque chose (munus, « charge », « présent », formé sur la racine mei– « changer, échanger »[2]). Ce munus peut être un bien, une ressource, ou bien au contraire une obligation, une dette.

Il n’y a pas de consensus sur ce qu’est une communauté, le mot est utilisé dans de nombreux contextes pour définir des réalités différentes mais c’est toujours de liens entre les personnes et de ce qui est commun dont il est question. La communauté ne renvoie pas en première instance à une identité, des règles, un programme de travail ou à une organisation, mais bien plutôt à ce qui est partagé.

Produire et partager des savoirs, contribuer au changement en faveur de la santé

Le propre de la Chaire UNESCO « EducationS & Santé » est d’être un espace de dialogue et d’action au service de la prévention, de l’éducation à la santé et de la promotion de la santé des enfants et des jeunes. Son rôle est de créer un cadre au sein duquel tous les acteurs du domaine (individus, collectivités, réseaux, institutions) puissent se retrouver autour de projets communs, acquérir de la visibilité à l’échelon international et contribuer à la dynamique des Nations-Unies. En ce qui nous concerne, ce commun se définit autour de deux dimensions indissociables :

  • Produire et partager des savoirs
  • Contribuer au changement social en faveur de la santé des enfants et des jeunes

La communauté vise à contribuer au bien commun et s’appuie sur un cadre éthique et politique, celui des Nations-Unies, et des domaines d’activité :

  • créer une communauté mondiale,
  • renouveler le cadre la prévention pour l’adapter au monde de ce temps, en particulier aux besoins des enfants et des jeunes,
  • produire des connaissances,
  • soutenir la mise en place de dispositifs de formation et
  • contribuer au partage des connaissances.

Ces domaines ont une définition ouverte et sont en évolution permanente.

Contribuer à l’émergence d’un champ renouvelé de la prévention

Cet engagement dans des démarches de production et de partage de savoirs est lié à une ambition, celle contribuer à faire évoluer les politiques et les pratiques dans le but d’améliorer la santé de tous, réduire les inégalités et préserver notre planète. Pour y parvenir la communauté s’appuie sur une large diversité de savoirs : des savoirs issus la recherche scientifique comme des savoirs issus de l’expérience des acteurs dans une large variété de contextes sociaux et culturels. Il s’agit de tenir ensemble pratiques sociales, savoirs profanes et savoirs scientifiques et donc de créer les conditions d’une véritable écologie des savoirs (de Sousa Santos, 2001)[3]. Pour faire droit à la diversité des réalités humaines en particulier dans les situations de vulnérabilité, il est indispensable que ces savoirs ne soient pas limités aux données produites dans les zones urbaines des pays du nord, mais proviennent d’espaces différents au plan géographique, social et culturel. C’est sur cette base, et en collaboration avec l’ensemble des parties prenantes, que la Chaire ambitionne de contribuer à une définition renouvelée du champ de la prévention et ainsi des politiques et des pratiques. Cette redéfinition passe par des corpus de savoirs structurés, des démarches de professionnalisation des acteurs et des outils d’aide à la décision politique.

Une communauté au service des acteurs

La communauté est une forme dynamique de regroupement centrée sur une ambition commune. Elle n’a en aucune manière pour vocation de se substituer à des institutions ou réseaux existants, ceux qui prennent part à la vie de la communauté étant d’ailleurs très souvent membres de réseaux ou d’institutions. La communauté n’est pas d’abord référée à un programme de travail à accomplir, mais à un projet qui s’ajuste en fonction des défis et des opportunités.

La communauté est centrée sur ses membres, elle n’est pas pilotée mais animée. C’est la mission du secrétariat de la chaire. Ce secrétariat (le titulaire, le gestionnaire, les chargés de projets et l’assistante) a pour rôle de créer les conditions de ce dialogue et de ces productions. Il s’assure que chacune, chacun peut trouver sa place dans les échanges. Pour cela il est attentif à l’équilibre entre les femmes et les hommes, les acteurs du sud et du nord, les chercheurs et les professionnels, les institutions et la société civile. Il est particulièrement vigilant à ce que les initiatives non-conventionnelles, celles qui « passent sous les radars » puissent être valorisées. Les initiatives portées par la chaire sont nourries de façon décentralisée par les participants Elles sont partagées au sein du conseil scientifique et éthique puis approuvées en référence à la charte éthique.

Le financement du secrétariat et de la vie de la communauté est assuré par des institutions à but non lucratif de l’économie sociale et solidaire, la fondation MGEN et le groupe Vyv. Certaines activités sont ouvertes à d’autres sources de financement, dans le respect des principes décrits dans la charte éthique (ONU, Etats, donateurs privés).

Prendre part à la communauté

La force de la Chaire UNESCO « EducationS & Santé » réside dans les compétences et les connaissances de ses membres. Pour prendre part à la vie de la communauté, aucune condition de statut ou de diplôme n’est exigée. Chercheurs, professionnels des secteurs de la santé, du social, de l’éducation, bénévoles des associations, mouvement ou syndicats, citoyens engagés ainsi que personnes morales (universités, collectivités locales, fondations, entreprises, réseaux, associations, institutions) sont les bienvenues. C’est la reconnaissance du cadre éthique et l’engagement dans la dynamique commune qui est le critère central. La communauté est ouverte, elle offre la possibilité à chacune et à chacun de participer aux activités à sa mesure. Ainsi la Chaire est fondée sur une ambition commune mais elle n’est pas homogène pour autant, une large pluralité de regards sur l’objet de la chaire coexistent. La diversité culturelle et sociale s’exprime en son sein.

La vie de la communauté se matérialise dans une diversité d’initiatives liées par une dynamique commune, qui se concrétise dans une communication régulière, des webinaires, des contributions collaboratives sous forme de wikis, des rapports rédigés collégialement, un MOOC, des conférences, des séminaires.  

D. Jourdan, octobre 2019


[1] Jacquier, C. (2011). Qu’est-ce qu’une communauté ? En quoi cette notion peut-elle être utile aujourd’hui?. Vie sociale, 2(2), 33-48. doi:10.3917/vsoc.112.0033.

[2] Communauté. Dans Rey, A. (1992). Dictionnaire historique de la langue française. Paris : Le Robert, p. 455.

[3] de Sousa Santos, B. (2011). Épistémologies du Sud. Études rurales, 187(1), 21-49. https://www.cairn.info/revue-etudes-rurales-2011-1-page-21.htm.