
À l’heure où la santé s’impose comme un enjeu social, politique et culturel majeur, la promotion de la santé invite à repenser en profondeur les manières d’agir, de produire des savoirs et de transformer les environnements de vie. Elle se déploie à la croisée de pratiques multiples, portées par une diversité d’acteurs, et mobilise des formes de connaissances variées – scientifiques, professionnelles et expérientielles.
Réunissant les contributions de 24 auteurs issus de 7 pays et de 3 continents, l’ouvrage La promotion de la santé aujourd’hui : pratiques sociales et partages de savoirs propose une exploration collective de ces dynamiques. Croisant analyses critiques, expériences de terrain et regards interdisciplinaires, il met en lumière la richesse des pratiques sociales, tout en interrogeant les inégalités, les rapports de pouvoir et les conditions de circulation et de légitimation des savoirs. Entre justice sociale, écologie des savoirs et transformation des systèmes, il ouvre des perspectives pour penser une santé pour toutes et tous.
Ce webinaire de lancement sera l’occasion de croiser les regards des contributeurs de l’ouvrage et de mettre en discussion ce qui caractérise aujourd’hui les pratiques de promotion de la santé, ainsi que ses modalités de production et de partage de savoirs. Grand témoin du webinaire, Louise Potvin viendra mettre ces échanges en perspective à la lumière des enjeux épistémologiques et éthiques qui traversent le champ.
Nos invités

Hélène Kamdem Kamgno est ingénieure statiscienne, titulaire d’un Ph.D en démographie et spécialiste des questions de genre, population et développement. Elle est Maître de Conférences, Directeur du Laboratoire de Recherche « Genre et Développement » (LRGD) de l’Université de Yaoundé II (Cameroun).

Chantal Vandoorne est Chercheure à l’Université de Liège (Belgique), Plate-forme Interfacultaire ESPRIst – Emancipation Sociale, Santé des Populations, Réduction des Inégalités dans les sociétés en transition.

Eric Breton est Professeur de promotion de la santé à l’EHESP (France), chercheur à Arènes (UMR CNRS 6051: équipe RSMS INSERM U1309). Professeur associé à la Chaire UNESCO Educations & Santé. Président de la section « Promotion de la santé » de l’EUPHA.

Philippe Cury est Maître de Conférences en Sciences de l’éducation et de la formation, Laboratoire ACTé UR4281, Université Clermont Auvergne (France).

Antonio Iannaccone est Professeur titulaire de psychologie de l’orientation à l’Universitas Mercatorum de Rome. Au sein de cette université, il dirige le département des sciences humaines et sociales. Il est également professeur émérite de l’Université de Neuchâtel (Suisse).

Obrillant Damus est Professeur à l’Université d’État d’Haïti, Professeur associé à l’Université de Sherbrooke (Québec, Canada).

Rosalie Aduayi-Diop est Enseignante Chercheure, Laboratoire de Recherche en Population, Société, Droit et Éthique (LPSDE) (ETHOS), Institut de Population Développement et Santé de la Reproduction / Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal

Fatou Diagne est Enseignante/Chercheure à l’École Normale supérieure d’Enseignement technique et Professionnel (ENSETP), Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal
Grand témoin

Louise Potvin est Directrice du centre de recherche en santé publique (CReSP) de l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Montréal (ESPUM), titulaire de la chaire de recherche du Canada sur les approches communautaires et les inégalités dans le domaine de la santé. Elle est présidente de l’Union Internationale de Promotion de la santé et d’éducation pour la santé (UIPES-IUHPE).
Animation

Carole Faucher est Socio-anthropologue affiliée au laboratoire Acté de l’Université Clermont Auvergne. Elle est également professeure associée à la Chaire Unesco Éducations & Santé et membre de l’équipe de coordination du réseau « Éducation à la santé et au bien-être » de l’Association européenne de recherche en éducation (EERA) et rédactrice adjointe de la revue Health Education publiée chez Emerald Publishing.

Didier Jourdan est Titulaire de la chaire UNESCO Éducations & Santé et directeur du centre collaborateur OMS pour la « Recherche en éducation et santé ». Il est Professeur en Sciences de l’éducation, ancien directeur de l’ESPE et vice-président de l’université Clermont Auvergne (France). Il a été président de la commission prévention du Haut Conseil de la Santé Publique en France et directeur de la prévention à l’Agence Nationale de Santé Publique. Didier Jourdan est vice-président de l’IUHPE (International Union for Health Promotion and Education) et membre du conseil d’administration de l’IITE (UNESCO Institute for Information Technologies in Education) de l’UNESCO.
La vidéo du webinaire
Les échanges
À l’occasion du webinaire de lancement, les contributeurs de l’ouvrage ont chacun partagé trois idées clés issues de leurs chapitres, permettant d’éclairer, d’une part, ce qui caractérise aujourd’hui les pratiques de promotion de la santé, et d’autre part les modalités de production et de partage des savoirs qui les sous-tendent.
1. Les pratiques en promotion de la santé : agir sur les conditions, au plus près des contextes
Les interventions de Eric Breton, Rosalie Aduayi-Diop, Chantal Vandoorne et Philippe Cury donnent à voir des pratiques de promotion de la santé profondément ancrées dans les contextes sociaux, éducatifs et institutionnels, et traversées par des enjeux de transformation des conditions de vie.
Les contributions soulignent d’abord une tension persistante dans les approches de santé publique. Comme le rappelle Eric Breton, les interventions restent encore largement marquées par une tendance à responsabiliser les individus, en centrant l’action sur les comportements, plutôt que de s’attaquer aux conditions sociales, économiques et environnementales qui façonnent la santé. Dans cette perspective, le pouvoir d’agir ne se situe pas principalement dans le champ sanitaire, mais dans d’autres secteurs — économiques, sociaux, éducatifs — ce qui rend indispensables des dynamiques intersectorielles. Le niveau local et communautaire apparaît alors comme un espace privilégié pour renforcer la participation des populations et soutenir leur capacité à faire face aux situations de vulnérabilité, notamment en termes de résilience.
Cette attention aux contextes se retrouve dans l’intervention de Rosalie Aduayi-Diop, qui met en évidence la manière dont les problématiques de santé — en particulier les violences en milieu scolaire — s’inscrivent dans des dynamiques sociales plus larges, en lien étroit avec les environnements familiaux et culturels. Elle souligne également l’importance de la connaissance du corps et de l’éducation à la sexualité comme leviers de prévention, tout en insistant sur la nécessité de dépasser des approches centrées uniquement sur les jeunes. La promotion de la santé implique ici de travailler avec l’ensemble des acteurs — familles, enseignants, institutions — afin d’agir sur les cadres sociaux qui structurent les comportements et les représentations.
Les pratiques de promotion de la santé apparaissent par ailleurs comme des processus complexes, évolutifs et inscrits dans le temps long, comme le souligne Chantal Vandoorne. Elles ne se laissent pas réduire à des modèles linéaires d’intervention, mais relèvent de dynamiques d’interaction entre acteurs, institutions et environnements, qui transforment progressivement les contextes d’action. Cette complexité pose des défis importants en matière d’accompagnement et d’évaluation : elle nécessite de développer des outils capables de rendre compte de trajectoires non séquentielles, tout en permettant de faire reconnaître ces pratiques dans des cadres institutionnels souvent peu adaptés à leur nature.
Enfin, Philippe Cury met en lumière un levier central de ces dynamiques : l’engagement des professionnels, en particulier dans les milieux éducatifs. Les pratiques de promotion de la santé reposent largement sur leur capacité à s’approprier ces enjeux et à les traduire dans leurs contextes d’intervention. Cet engagement est lui-même conditionné par une pluralité de facteurs — personnels, organisationnels et contextuels — qui constituent autant de leviers d’action. Dans cette perspective, la formation joue un rôle déterminant, en permettant de renforcer un capital professionnel susceptible de soutenir des transformations durables des milieux de vie.
En mise en perspective, Louise Potvin souligne que ces contributions reflètent la diversité et l’ampleur des pratiques de promotion de la santé, tout en mettant en évidence une orientation commune : la nécessité d’agir toujours plus en amont des problèmes. Elle rappelle que les situations locales — qu’elles concernent l’école ou les communautés — sont inscrites dans des systèmes plus larges, structurés par des déterminants économiques, politiques et sociaux. Les inégalités de santé s’enracinent ainsi dans des facteurs structurels tels que les systèmes économiques, les discriminations, les transformations climatiques ou encore les dynamiques de numérisation. Dès lors, agir efficacement en promotion de la santé implique de reconnaître que ces enjeux relèvent aussi de choix politiques et que la transformation des conditions de vie passe par une action à ces différents niveaux.
2. Le partage des savoirs : vers une écologie des connaissances en santé
Les interventions de Obrillant Damus, Antonio Iannaccone et Hélène Kamdem Kamgno mettent en évidence un enjeu central de la promotion de la santé : la manière dont les savoirs sont produits, reconnus et mis en circulation, au croisement de registres scientifiques, professionnels et expérientiels.
Plusieurs contributions soulignent d’abord la nécessité de dépasser une vision hiérarchisée des connaissances. Comme le montre Obrillant Damus, la promotion de la santé gagne en pertinence et en efficacité lorsqu’elle parvient à articuler différentes épistémologies, notamment celles issues des contextes du Nord et du Sud. Dans cette perspective, les savoirs locaux — tels que ceux portés par les matrones dans les communautés rurales — ne constituent pas des formes de connaissances marginales, mais des ressources essentielles pour comprendre et agir sur les réalités de santé. Leur reconnaissance ouvre la voie à une écologie des savoirs, fondée sur le dialogue entre approches institutionnelles et pratiques communautaires.
Cette dynamique de co-construction des savoirs se retrouve également dans les contextes éducatifs. Antonio Iannaccone rappelle que les individus — et en particulier les enfants — ne peuvent être considérés comme de simples récepteurs d’informations, mais comme des acteurs à part entière de la construction des connaissances. La promotion de la santé implique alors de créer des espaces favorisant le dialogue, l’argumentation et la réflexion, dans lesquels les savoirs se construisent de manière collective. Dans ce cadre, le rôle des professionnels évolue : il ne s’agit plus uniquement de transmettre des contenus, mais de se positionner comme médiateurs, capables d’accompagner les processus de co-construction et de soutenir l’expression des points de vue.
Les travaux présentés par Hélène Kamdem Kamgno prolongent cette réflexion en mettant en lumière les tensions qui traversent les systèmes de santé. Dans de nombreux contextes, les politiques publiques reposent sur des modèles largement importés, souvent peu adaptés aux réalités locales. Pourtant, les populations continuent de mobiliser des pratiques thérapeutiques traditionnelles, parfois en décalage avec les dispositifs institutionnels. Ces situations révèlent un dualisme des savoirs, qui appelle non pas à une opposition, mais à une articulation systémique entre approches biomédicales et savoirs locaux, afin de mieux répondre aux besoins des populations et d’assurer une plus grande pertinence des interventions.
En mise en perspective, Louise Potvin propose de considérer la promotion de la santé comme une véritable communauté épistémique, au sein de laquelle interagissent des savoirs de nature différente — scientifiques, professionnels et expérientiels — ancrés dans des contextes culturels et sociaux variés. Elle souligne que cette diversité constitue une richesse, mais aussi un défi, qui suppose de développer des formes de dialogue et d’écoute permettant de co-construire à la fois les problèmes et les solutions. Cette approche invite à repenser en profondeur les modalités de production des connaissances en santé, en reconnaissant leur inscription dans des systèmes plus larges — politiques, économiques et sociaux — et en affirmant la nécessité d’agir, là encore, sur les déterminants structurels des inégalités.
Plus d’informations sur l’ouvrage : site de L’Harmattan

Ressources
Louise Potvin
- OMS. 2025. World report on social determinants of health equity. https://www.who.int/teams/social-determinants-of-health/equity-and-health/world-report-on-social-determinants-of-health-equity
- Centre de collaboration nationale des déterminants de la santé. 2024. Les déterminants de la santé, parlons-en. https://nccdh.ca/fr/resources/entry/lets-talk-determinants-of-health/
- Potvin, L. & Jourdan, D. The Health Promotion Knowledge Base. In Health Promotion in Canada, Fifth Edition. 2025. https://canadianscholars.ca/book/health-promotion-in-canada-fifth-edition/
